Taquiner la queue du dragon...

Publié le par Leitha

Julie a envie de s'amuser ce soir. Ses parents, sans doute des gens raisonnables et remplis de bon sens, ne lui laissent pas accès à Internet. Pauvres parents, s'ils savaient... Julie, donc, veut jouer. C'est que mademoiselle s'ennuie ferme, malgré le fait qu'à cette heure-ci, et vu son jeune âge, elle devrait dormir dans les bras d'un Morphée aux apparences d'un membre de Tokyo Hôtel.

 

Alors elle prend son téléphone portable et pianote distraitement. Soudain, une idée lui vient, un concept de jeu bien innocent... ou pas. Elle forme un numéro de portable au hasard et lui envoie un sms : "t'es qui ?"... Oh bien sûr, il y a peu de chance que la personne au bout réponde si tard, encore moins que la discussion s'ébauche puis se poursuive. Mais après tout, qu'est-ce que ça coûte de tenter, quand on s'ennuie ?

 

Miracle ! Le bip-bip de réception d'un message retentit. Son interlocuteur fantomatique a répondu. Toute contente, Julie entame le dialogue, force langage sms à l'appui. Il serait difficile de se méprendre sur sa jeunesse, même si au détour d'un message, elle se prétend plus vieille de dix ans. Et la discussion se prolonge, tard, très tard. Julie ne sait rien de celui avec qui elle parle, sinon son numéro de téléphone. Elle imagine un beau garçon, peut-être un homme, un vrai, se laisse porter par l'enthousiasme, fantasme un peu, en toute ingénuité, comme on rêve du prince charmant quand on est gosse... Au bout de deux heures de cette conversation par messages condensés, il est bientôt une heure et l'inconnu magique annonce à Julie qu'il va se coucher. La petite lui fait promettre qu'il sera "là" demain. Promesse accordée.

 

A quelques kilomètres de là, un homme d'une trentaine d'années repose son téléphone sur la table de chevet, un petit sourire aux lèvres. Il hésite, à la fois surpris par sa bonne fortune et vaguement inquiet. Et si c'était un piège de ces connards de flics ? Mais après tout, qu'a-t-il fait d'illégal ? Il a simplement répondu aux divers messages d'une demoiselle inconnue. Peut-être deviendra-t-elle une amie ? Peut-être plus ?

 

Et Siggy s'endort en pensant à cette personne qui non seulement ne le rejette pas, mais lui propose un rendez-vous.

 

 

 

Julie n'a pas eu de chance, dans son jeu d'adolescente naïve. Tomber sur mon Siggy préféré, quel hasard et quelle malchance incroyables !

Mais au fond, je n'arrive pas à lui accorder toute ma compassion. D'abord parce que taquiner la queue du dragon de cette manière, c'est courir un risque insensé. Je sais ce que signifie "se mettre en danger" et j'aurais mauvaise grâce à accuser une gamine de n'avoir pas su se protéger, mais quand même ! Livrer un numéro de téléphone, se vieillir et draguer une personne dont on ne sait rien... c'est déjà pas mal. Proposer un rendez-vous, c'est encore plus inconscient. Julie aurait dû se douter que tard le soir, elle avait plus de chances de tomber sur une personne d'une tranche d'âge différente de la sienne. Alors, en aucun cas ce n'est sa faute s'il lui est arrivé quelque chose... mais je n'arrive pas à compatir autant que je le devrais. Cela fait-il de moi quelqu'un de mauvais ?

 

Publié dans philo de comptoir

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ppm 06/07/2010 14:16


Je te trouve bien indulgente.
Bon, il y a celui qui ne sait pas encore à 25 ans, comme j'étais, mais je supposte que tu parles d'autre chose, de conscience ?
Je ne regrette pas au passage, d'avoir attendu si longtemps pour une première fois géniale. J'ai entendu tellement d'histoire sordides ...


Leitha 06/07/2010 17:40



Non, je parle de manque de repères élmentaires...



ppm 05/07/2010 23:30


Toute la différence es là justement ! l'enfant ne sait pas, l'adulte (sexuel) sait.
Il y a donc 0% de faute chez l'enfant, et 100% de faute chez l'adulte.


Leitha 06/07/2010 13:02



L'adulte ne sait pas toujours, non...


Bon, pour mettre les choses au clair, il serait temps que je billettise...



lambertine 26/06/2010 19:56


Et bien moi, je vous comprends, Sophie. Peut-être parce que j'ai été victime, moi aussi.
Et j'ai du mal avec le "une victime est une victime". Elle en est une, mais elle n'est pas "que" ça. Et elle n'est pas toujours "que" ça dans le malheur qui lui arrive. Et dans ce cas là, je ne
crois pas lui nier toute responsabilité soit un bon service à lui rendre.
Je crois sincèrement que cette conscience de sa propre responsabilité (quand elle existe) même si elle est infime, est indispensable à la guérison de la victime. Mais que cette responsabilité ne la
rend pas moins victime, ni son agresseur moins coupable.
(Oui, je sais, c'est compliqué...)


Leitha 30/06/2010 15:14



Dites... c'st grave si je vous saute au cou ?



mamiepahdoc 26/06/2010 15:30


Pas même à 1%! Une victime est une victime, il ne faut pas dénaturer le sens des mots, c'est bien trop dangereux, c'est ainsi que les pires régimes politiques agissent. Si bien veut dire aussi mal,
si beau veut dire aussi laid, on se perd.
Ce qui me fait penser que vous vous sentez encore coupable de votre position de victime et il serait urgent, je crois, que vous vous décidiez à accepter que vous n'y êtes pour rien ... on ne peut
tout contrôler.
Tss "mamie", hein?


Leitha 30/06/2010 15:13



Des fois, sans vouloir vous vexer, ma chère "mamie" padhoc... vous me semblez plus naïve que moi ! Tout n'est pas "beau" ou "laid'. il y a un stade intermédiaire... Et je me vois "responsable
mais non coupable" !



Monseigneur 24/06/2010 01:23


Merci Mamie. J'allais encore filer la métaphore en disant que les précipices contrairement aux dragons qu'évoque Leitha, n'ont pas conscience du mal qu'il peuvent faire, mais vous m'ôtez les mots
de la bouche en les remettant à leur juste place.


Leitha 26/06/2010 11:08



Euh... le dragon non plus, en l'occurrence puisqu'il ne comprend topujours pas où est le sushi !